Dans le Cirque, on ne croise ni voiture ni magasin de dépannage. Ce qui manque au fond du sac le deuxième jour, il faudra soit s'en passer, soit le demander à un gîte, soit redescendre le chercher. Préparer son sac pour Mafate n'est donc pas un exercice de style : c'est la moitié du voyage, celle qui se joue avant même de poser le pied sur le sentier. La règle qui revient chez tous les marcheurs expérimentés du Cirque : un sac trop lourd use les genoux dès la première descente vers une rivière, et la différence entre 8 et 13 kilos se sent dès le Col des Boeufs ou la Rivière des Galets.
Le poids avant tout : viser 8 à 10 kilos
Pour trois à cinq jours de marche avec nuits en gîte (donc sans tente ni réchaud), un sac entre 8 et 10 kilos, gourde pleine comprise, est un objectif raisonnable. Un sac à dos de 35 à 45 litres suffit largement : les gîtes fournissent les repas et les draps ou duvets légers sont souvent proposés en location sur place, ce qui évite d'emporter un sac de couchage complet. Les chemins de Mafate alternent montées raides et descentes en lacets sur pierriers, parfois pendant plus de 1 000 mètres de dénivelé en une étape : chaque kilo superflu se paie dans les mollets dès le deuxième jour.
L'eau et les en-cas : s'organiser entre les rivières
Les sources et rivières jalonnent la plupart des itinéraires, mais elles ne sont pas toutes potables sans traitement, et certaines s'assèchent en période de sécheresse australe (septembre-octobre). Prévoir une gourde ou poche à eau de 1,5 à 2 litres, et des pastilles ou une gourde filtrante en complément reste une précaution utile, notamment sur les étapes longues comme Marla-La Nouvelle ou Grand Place-Roche Plate. Côté nourriture, les gîtes servent en général le petit-déjeuner et le dîner (compter 15 à 20 euros par repas, tarifs à vérifier au moment de la réservation), mais le déjeuner se prend souvent sur le pouce : fruits secs, barres de céréales et un peu de charcuterie séchée suffisent pour tenir entre deux îlets.
Vêtements : la pluie peut surprendre à tout moment
Le climat de Mafate change vite, même en saison sèche (mai à novembre). Une veste imperméable légère, même en plein été austral, n'est jamais superflue : les grains remontent parfois les pentes en quelques minutes. Prévoir aussi un pantalon ou un short de marche, un pull ou une polaire fine pour les soirées en altitude (les îlets comme Marla ou La Nouvelle, au-dessus de 1 400 mètres, se rafraîchissent nettement la nuit), et des chaussures de randonnée déjà rodées, à tige montante si possible pour les chevilles sur les sentiers caillouteux. Les sandales ou tongs légères sont appréciées une fois arrivé au gîte, pour laisser respirer les pieds.
La trousse à part : argent liquide et pharmacie
Il n'y a aucun distributeur ni terminal de paiement dans le Cirque. Les paiements se font en espèces, pour les nuitées, les repas et les éventuels achats de fruits ou de confitures maison proposés par les habitants. Prévoir des petites coupures, calculées au plus juste selon le nombre de nuits et de repas prévus, avant de partir de Saint-Denis, du Tampon ou de toute autre ville de départ. Une petite pharmacie complète le sac : pansements type ampoules, désinfectant, antidouleur, et de quoi traiter une entorse légère, car les secours en hélicoptère, bien que réguliers dans le Cirque, ne remplacent pas une bonne prévention.
Espèces en petites coupures, lampe frontale (les nuits tombent vite en montagne et certains sentiers se terminent après 17 h), chargeur solaire ou batterie externe, et une pochette étanche pour les papiers et le téléphone.
Réserver avant de faire son sac
La logistique précède l'équipement : mieux vaut connaître ses gîtes d'étape avant de choisir ce qu'on emporte, car certains proposent location de duvet ou de serviette, d'autres non. La plupart des randonneurs réservent plusieurs semaines à l'avance, surtout pendant les vacances scolaires de la Réunion et de métropole, où les îlets affichent complet rapidement.
Les bâtons de marche, un choix personnel
Les bâtons télescopiques ne sont pas indispensables, mais soulagent nettement les genoux dans les longues descentes, comme celle qui mène de Roche Plate vers la Rivière des Galets. Ils se replient facilement et tiennent peu de place une fois le sac bouclé. Sur le sentier, on les utilise aussi pour tester la stabilité d'un passage humide ou d'un pierrier instable après une pluie récente.
Au final, le sac idéal pour Mafate tient en une phrase : le nécessaire pour marcher et dormir, rien pour impressionner. Les habitants du Cirque croisés en chemin jugent peu l'équipement, mais apprécient toujours qu'on les salue, qu'on prenne le temps d'échanger quelques mots sur l'état du sentier du jour, une information parfois plus précieuse que n'importe quelle carte.
